Résumé
Le taux de remplissage des stocks de gaz en Europe est inférieur à celui des années précédentes, avec un taux prévu de seulement 69 % à 84 % début novembre. Les acheteurs asiatiques offrant des prix plus élevés, les cargaisons de GNL américaines se détournent. Pour reconstituer un coussin de sécurité avant l'hiver, l'Europe ne peut qu'augmenter ses offres pour s'arracher des volumes limités.
Nous sommes déjà à la mi-août, et le marché européen du gaz s'inquiète encore pour ses stocks hivernaux. Euronews, citant les calculs de la société de renseignement sur les marchés de l'énergie Montel, indique qu'au 1er novembre, le taux de remplissage des stocks de gaz en Europe pourrait n'être que de 69 % à 84 %, rendant pratiquement impossible l'objectif initial de 90 % fixé par l'UE. Même en tenant compte des exigences déjà assouplies, le rythme actuel de reconstitution apparaît insuffisant.
Il ne s'agit pas d'un simple problème de tableau de bord des stocks. Moins les réserves sont importantes, plus la marge de manœuvre face à une vague de froid ou une rupture d'approvisionnement est mince, et les négociants anticipent également les prix hivernaux plus tôt. La récente pression à la hausse sur les prix du gaz en Europe provient en grande partie de cette situation où le temps se fait de plus en plus rare, sans augmentation simultanée des volumes disponibles.
Trois mois pour combler un déficit de 72 cargaisons
Les statistiques de Montel montrent que d'avril à juillet de cette année, les injections nettes de gaz en Europe ont été inférieures de 11 % à la moyenne quinquennale et de 18 % par rapport à l'année dernière. La situation est particulièrement tendue en Allemagne, où le taux de remplissage n'était que de 46 % fin juillet.
De mai à juillet, l'Europe a reçu en moyenne environ 105 cargaisons de GNL par mois. Pour rapprocher les stocks de 80 % début novembre, il faudrait normalement environ 130 cargaisons par mois. Étant donné que le retard accumulé atteint déjà environ 72 cargaisons, il faudrait attirer en moyenne plus de 140 méthaniers par mois en août, septembre et octobre. Cet objectif sera difficile à atteindre sans une hausse significative des prix européens ou sans une reprise des flux de GNL dans le détroit d'Ormuz.
La logique de prix la plus directe est simple : pour ramener les cargaisons depuis d'autres marchés, l'Europe doit offrir des prix plus élevés. Plus la date limite de reconstitution approche, moins les acheteurs ont de marge pour attendre des prix bas, et plus la prime d'approvisionnement hivernal incluse dans les contrats à terme est difficile à faire disparaître.
Le GNL américain se tourne vers l'Asie
L'Europe fait face à un autre problème : les acheteurs asiatiques sont actuellement prêts à payer un prix plus élevé. De mars à juillet, les livraisons de GNL américain vers la Chine, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et l'Inde ont triplé, atteignant des niveaux records. En juillet seulement, ces cinq marchés ont pour la première fois reçu plus de GNL américain que l'Europe.
Pour les vendeurs, les cargaisons vont vers les destinations offrant les meilleurs rendements. Depuis avril, pendant de nombreuses périodes, l'acheminement du GNL américain vers l'Asie du Nord-Est a été plus rentable que vers l'Europe du Nord-Ouest, ce qui a placé l'Europe, dépendante des approvisionnements supplémentaires américains, dans une position plus passive. Si l'Europe relève ses offres, le coût du gaz et de l'électricité augmentera ; si elle ne le fait pas, les stocks risquent de rester à un niveau relativement bas avant l'arrivée de l'hiver.
C'est aussi pourquoi cette information soutient les prix du gaz. L'Europe et l'Asie se disputent le même GNL disponible sur le marché marginal, et cette concurrence tire les prix mondiaux vers le haut. La demande côté exportation américaine restera donc robuste, soutenant indirectement les produits de trading basés sur le gaz naturel américain. Bien sûr, les fluctuations à court terme de NATGASUSDT seront également influencées par la météo, les stocks américains et la production, mais le déficit actuel de reconstitution des stocks en Europe réduit d'un cran le tampon de la chaîne d'approvisionnement mondiale en gaz.
D'ici novembre, ce que le marché doit vraiment absorber n'est pas la possibilité d'un ajustement formel de l'objectif de 90 %, mais plutôt la capacité de l'Europe à porter ses arrivages mensuels d'environ 105 cargaisons à plus de 140 cargaisons pendant trois mois consécutifs. Tant que cet écart persistera, les prix du gaz auront du mal à éliminer complètement le risque d'approvisionnement hivernal.





