Discussion : Des travailleurs coréens craignent le chômage, tandis que Musk envisage une société "sans travail" ?
Il y a deux cents ans, les tisserands britanniques brisaient des machines lors du mouvement luddite. Aujourd’hui, une inquiétude similaire réapparaît chez les ouvriers de Hyundai en Corée du Sud, où les syndicats ont intégré la garantie de l’emploi face aux robots et à l’IA dans leurs revendications. Bien que les robots humanoïdes comme Atlas de Boston Dynamics soient encore loin de remplacer massivement les ouvriers qualifiés – la production automobile exigeant des savoir-faire complexes et une adaptation fine – l’anxiété sociale, elle, est déjà présente.
Cette crainte anticipée rejoint les interrogations historiques des luddites : non pas une peur irrationnelle de la technologie, mais la question cruciale de la répartition des gains de productivité apportés par les machines. Qui bénéficiera des richesses créées ?
Dans un futur plus lointain, Elon Musk envisage, lui, une société d’« abondance radicale » où l’IA et les robots assumeraient la quasi-totalité des travaux nécessaires, libérant les humains du travail obligatoire grâce à un « revenu universel élevé ». Cependant, comme le souligne l’investisseur Michael Burry, la transition vers un tel avenir risque d’être tumultueuse et conflictuelle si les coûts de l’adaptation ne sont pas équitablement partagés.
L’enjeu n’est donc pas de freiner le progrès technologique, inéluctable, mais d’encadrer son déploiement par des règles sociales anticipées : négociations sur la transition professionnelle, répartition des gains de productivité, responsabilité en cas d’accident, etc. Une régulation robuste, à l’image des normes issues de la révolution industrielle, est essentielle pour que la robotisation devienne une opportunité partagée et non une source de fracture. Le débat ouvert par les ouvriers de Hyundai, bien qu’en avance sur la réalité technique actuelle, est donc plus que jamais nécessaire.
marsbitHier 10:15