Depuis le début de l'année 2026, les victimes d'attaques physiques visant à voler des cryptomonnaies ont perdu plus de 30 millions de dollars, selon un rapport de la société d'analyse Chainalysis. Et si la tendance se maintient, les experts estiment que l'année en cours pourrait être la pire de l'histoire en termes de nombre de tels incidents. À titre de comparaison, sur l'ensemble de l'année 2025, ce montant s'élevait à un record de 58 millions de dollars.
La somme de 30 millions de dollars ne comprend que les vols effectués, lorsque la victime a été contrainte de transférer ses fonds. Cependant, si l'on tient compte également des tentatives d'extorsion, où les fonds ont été d'une manière ou d'une autre bloqués, le montant total des pertes s'élève à 107 millions de dollars. Chainalysis a également fourni des statistiques des années précédentes : 316 millions de dollars en 2024, 180 millions de dollars en 2025.
Les analystes soulignent également que même ces chiffres pourraient être sous-estimés, car seuls les incidents signalés apparaissent dans les statistiques.
La cause de la recrudescence des attaques
La situation en France a particulièrement retenu l'attention des experts. Selon les données de Chainalysis, jusqu'en 2025, seuls des cas isolés de violence physique liée aux cryptomonnaies avaient été enregistrés dans le pays. Cependant, l'année dernière, leur nombre est passé à 19, et pour le premier semestre 2026, les analystes ont déjà noté 30 cas connus du public.
Comme cause possible de cette flambée, ils ont pointé une fuite massive de données personnelles de crypto-investisseurs. Ils ont évoqué un incident survenu en 2024, lorsqu'un fonctionnaire français du service des impôts de la région parisienne a été accusé d'avoir volé et vendu des dossiers sur des détenteurs fortunés de cryptomonnaies. Ces documents contenaient des noms, des adresses, des montants d'actifs, des numéros de téléphone et des dossiers fiscaux.
La gravité de la situation est également confirmée par les autorités françaises. Le ministre de l'Intérieur du pays, Laurent Nunez, a déclaré que les autorités avaient documenté près de 80 crimes de ce type, notant que « l'inquiétude à ce sujet est tout à fait justifiée ». Et la géographie des attaques s'est étendue bien au-delà de Paris — des attaques ont été enregistrées à Strasbourg, Marseille, Grenoble, Toulouse, Nantes et même dans de petites communes où cela n'avait jamais été observé auparavant.
Nature des attaques
Le rapport de Chainalysis constate également une évolution dans les méthodes des malfaiteurs. Si en 2021, les cas d'attaques contre des membres de la famille ou des proches du propriétaire de cryptomonnaies étaient presque nuls, début 2026, leur part a augmenté à 30 % dans le monde. Et en France, ce chiffre est encore plus élevé — des parents ou des proches sont attaqués dans plus de 40 % des cas.
La structure des crimes eux-mêmes a également évolué : la part des intrusions à domicile est passée de 14 % en 2025 à 37 % en 2026, tandis que les enlèvements représentent 52 %. Toutefois, les analystes précisent : selon la classification, une partie des enlèvements en France pourrait être assimilée à des intrusions, ce qui ferait de cette catégorie la plus répandue.
La grande majorité des victimes, à savoir 93 % en France, 82 % au Brésil, 77 % aux États-Unis, sont des résidents locaux et non des touristes. Cela, selon Chainalysis, indique un travail de renseignement et une planification préalables, et non un caractère aléatoire des crimes.
Une autre tendance est notée : malgré l'augmentation du nombre d'attaques, les malfaiteurs obtiennent moins souvent des fonds de la part des victimes. Fin juin 2026, seulement 26 % des tentatives de vol ont conduit à un paiement, contre 49 % en 2025 et 67 % en 2024. Chainalysis explique cela par le fait que la vague massive d'attaques plus brutales en France a supplanté les attaques ciblées et planifiées des années précédentes.
Circulation des fonds volés
Outre les statistiques des attaques elles-mêmes, les experts ont partagé des observations sur la circulation des fonds volés. Chainalysis a souligné que les méthodes de blanchiment varient du primitif au hautement organisé : de l'envoi direct vers des plateformes d'échange centralisées à des parcours complexes via des plateformes d'échange décentralisées et des outils inter-chaînes.
Dans des rapports antérieurs, Chainalysis indiquait que les propriétaires de bitcoins subissaient les pertes les plus importantes en valeur, bien qu'ils soient moins souvent victimes de vols ciblés que les détenteurs d'autres crypto-actifs.





