Auteur : EXIO Research
La régulation mondiale des actifs virtuels passe de la phase « d’établissement des règles » à celle de « compétition éliminatoire ». À Hong Kong, le SFC vient de définir de nouvelles limites pour les services liés aux stablecoins ; la période de transition du MiCA de l’UE touche à sa fin ; le CLARITY Act américain a franchi une étape clé en commission sénatoriale. Ces trois grands marchés entrent simultanément dans une « phase d’exécution et de filtrage » — les acteurs conformes obtiennent leur laissez-passer, les retardataires risquent de se voir fermer les portes.
I. Trois signaux, une seule direction
Les années 2024 à 2025 ont été la « période de forte activité législative » pour la régulation des cryptomonnaies : l’entrée en vigueur du Règlement sur les stablecoins à Hong Kong [1], l’application complète du MiCA dans l’UE [2], l’adoption de la première loi fédérale américaine sur les stablecoins, le GENIUS Act [3]. En 2026, les règles sont écrites, la question devient « qui peut être conforme ».
Ces deux dernières semaines, trois pistes réglementaires indépendantes sont apparues simultanément, pointant vers une même conclusion : les principaux marchés mondiaux n’« ouvrent » pas le marché des cryptos, mais procèdent à une reconfiguration du marché par licence, produit, garde et classification des clients.
| Région |
Action réglementaire |
Date |
Impact principal |
| Hong Kong |
Publication de la circulaire sur les « Relevant Stablecoin » par le SFC [4] |
27 mai |
Différenciation de la régulation entre stablecoins et autres AV |
| Union européenne |
Fin de la période de transition du MiCA [2] |
1er juillet |
Les plateformes non agréées doivent cesser leurs services |
| États-Unis |
Adoption du CLARITY Act en commission sénatoriale [5] |
14 mai |
Clarification de la répartition des compétences SEC/CFTC |
II. Hong Kong : la régulation « à deux niveaux » des stablecoins entre officiellement en vigueur
2.1 Qu’est-ce qu’un Relevant Stablecoin ?
Dans sa circulaire du 27 mai, le SFC a défini le cadre réglementaire des services liés aux Relevant Stablecoin pour les plateformes de négociation d’actifs virtuels (VATP) agréées et les sociétés agréées [4]. Pour entrer dans cette définition, un stablecoin doit satisfaire simultanément à deux conditions : être un « specified stablecoin » au sens du Règlement sur les stablecoins ; et être émis et autorisé par un émetteur agréé par le HKMA.
Le 10 avril, le HKMA a délivré les premières licences d’émetteur de stablecoins à HSBC et Standard Chartered [6], créant ainsi des actifs conformes sur le marché. Cela marque la mise en place de la « structure à deux niveaux » à Hong Kong : le HKMA supervise l’émission, le SFC supervise la négociation et la distribution.
2.2 Assouplissement et contraintes coexistent
Le message central du SFC est le traitement différencié — les Relevant Stablecoin, dont le profil de risque diffère d’actifs spéculatifs comme le Bitcoin et se rapproche davantage d’un instrument de paiement, voient donc certaines règles assouplies [7] :
| Aspect |
Relevant Stablecoin |
Autres AV |
| Exigences de liquidité / indice pour les détenteurs |
❌ Non applicable |
✅ Applicable |
| Évaluation des connaissances en AV |
Partiellement exempté |
Obligatoire |
| Limite d’exposition (Exposure limit) |
Non comptabilisé dans la limite |
Comptabilisé |
| Adéquation (suitability) |
À respecter lors du démarchage |
À respecter |
| Divulgation du mécanisme de stabilité / du rachat |
Obligatoire |
Dépend du produit |
| Listage / suspension / retrait |
Notification écrite au SFC requise |
Notification requise |
Mais « différencié » ne signifie pas « relâché ». Une plateforme qui démarchait ou recommandait des Relevant Stablecoin doit toujours respecter les exigences d’adéquation et divulguer le mécanisme de stabilité et les modalités de rachat [4].
2.3 L’« agenda caché » de Hong Kong
Cette circulaire n’est pas une action isolée. Le 20 avril, la SFC de Hong Kong a publié un nouveau cadre réglementaire visant à promouvoir les tests à Hong Kong de négociation sur le marché secondaire de produits d’investissement agréés par la SFC et tokenisés (produits tokenisés), afin de stimuler à long terme les activités de négociation d’actifs numériques locales et de soutenir le développement de l’écosystème [8]. Trois lignes politiques s’entrecroisent pour former un chemin clair : les stablecoins comme infrastructure de règlement, les titres tokenisés comme instruments d’investissement, les VATP comme canal de distribution + garde + négociation conforme — il s’agit d’une boucle complète de régulation des actifs virtuels.
III. Union européenne : compte à rebours pour l’« examen final » du MiCA
Si Hong Kong opère une « stratification fine », l’UE procède à un « filtrage par la conformité ». L’ESMA a confirmé le 17 avril que la période de transition du MiCA prendra fin le 1er juillet [2]. Passé cette date, fournir des services à des clients de l’UE sans détenir une licence CASP sera illégal.
Début mai, seuls 210 CASP étaient autorisés dans les 23 États membres de l’UE [9], dont 86 % avaient activé le mécanisme de passeport pour des services transfrontaliers. Ce chiffre ne représente qu’une fraction du nombre total de VASP précédemment enregistrés dans l’UE (avant l’entrée en vigueur du MiCA, chaque État membre utilisait son propre système d’enregistrement des VASP ; l’UE comptait environ 3 000 à 3 200 VASP au total). Les progrès sont inégaux. L’Allemagne est en tête avec 53 entités autorisées [9], grâce à un examen strict et des exigences de fonds propres élevées ; le projet de loi de mise en œuvre en Pologne a été opposé à deux reprises par le président [10], risquant un vide juridique après le 1er juillet. Le délai médian entre la demande et l’obtention d’une licence est de 6 à 9 mois [9], ce qui signifie que les demandeurs de la seconde moitié de l’année pourraient devoir attendre 2027 pour opérer légalement.
IV. États-Unis : le CLARITY Act en phase finale de législation
La régulation des cryptomonnaies aux États-Unis évolue d’une approche « axée sur l’application » à une approche « axée sur les règles ». Le 14 mai, la commission bancaire du Sénat a adopté le CLARITY Act par 15 voix contre 9 [5], première loi fédérale tentant de clarifier la répartition des compétences entre la SEC et la CFTC.
Le projet de loi prévoit notamment : la supervision par la SEC des actifs numériques présentant les caractéristiques d’un contrat d’investissement, et par la CFTC des actifs numériques de base (« digital commodities ») au comptant ; l’établissement de règles d’enregistrement pour les plateformes de négociation et les gardiens ; l’intégration d’un cadre pour la régulation des stablecoins [11].
Les débats les plus vifs ont porté sur les rendements des stablecoins. Le compromis final interdit les « rendements passifs » basés sur les soldes inactifs, mais autorise les « récompenses d’activité » liées à des activités substantielles comme les paiements ou les prêts [12]. Il trace ainsi une ligne médiane entre stabilité bancaire et innovation cryptographique.
Mais la loi n’est pas encore adoptée. Un vote en séance plénière du Sénat nécessite 60 voix pour surmonter l’obstruction parlementaire (filibuster) [13]. Polymarket estime la probabilité d’adoption en 2026 à environ 73 % [5].
| Étape législative |
Date |
Statut |
| Adoption par la Chambre des représentants |
Juillet 2025 |
✅ 294 voix contre 134 [11] |
| Commission bancaire du Sénat |
14 mai 2026 |
✅ 15 voix contre 9 [5] |
| Vote en séance plénière du Sénat |
Prévu seconde moitié 2026 |
⏳ Requiert 60 voix [13] |
| Signature présidentielle |
Objectif de la Maison Blanche : 4 juillet |
⏳ En attente [5] |
V. Les stablecoins deviennent une « infrastructure financière »
Le contexte profond de cette avancée réglementaire simultanée dans les trois régions est la transformation fondamentale du rôle des stablecoins. En 2025, le volume des paiements en stablecoins a atteint 33 000 milliards de dollars [14], équivalent au volume annuel total traité par Visa et Mastercard ; leur capitalisation boursière totale a dépassé 3 200 milliards de dollars [3]. Le Secrétaire au Trésor américain Scott Bessent prédit qu’elle pourrait atteindre 3 700 milliards de dollars d’ici 2030 [3].
Leurs usages se diversifient également : environ 67 % sont liés à la DeFi et au trading, 15 % aux transferts transfrontaliers, 10 % à la couverture contre l’inflation et 5 % aux paiements marchands [15]. Les stablecoins ne sont plus seulement la « monnaie de pont » des utilisateurs de cryptos, mais aussi la couche de règlement entre la finance traditionnelle et la finance numérique.
Les approches réglementaires de Hong Kong, de l’UE et des États-Unis diffèrent, mais leur direction est la même : intégrer les stablecoins dans le système d’infrastructures financières régulées, plutôt que de les laisser « se développer sauvagement ». Cela signifie que la capacité de se conformer deviendra le facteur différenciant de la prochaine phase de compétition — non pas « qui a le plus de produits », mais « qui achève le plus rapidement son entrée sur le marché via la conformité ».
Conclusion
Le marché mondial des cryptomonnaies traverse une « réorganisation silencieuse mais profonde des conditions d’accès ». Le cadre à deux niveaux de Hong Kong pour les stablecoins, le filtrage par licence dans l’UE et la législation sur la structure du marché aux États-Unis dessinent ensemble les contours d’une nouvelle ère : la conformité n’est plus un coût, mais le « permis d’accès » de la nouvelle ère. Pour les investisseurs, comprendre ce changement de paradigme sera une condition clé pour évaluer la valeur à long terme des plateformes et des actifs (en particulier leur sécurité).





