Auteur : Jakub Dziadkowiec
Traduction : Deep Tide TechFlow
Introduction de Deep Tide : UBS, le plus grand gestionnaire de patrimoine au monde, a ouvert en janvier 2026 à certains de ses clients de banque privée l'accès aux transactions directes en bitcoin et en ether. Cette nouvelle n'est pas surprenante en soi, mais elle devient plus intéressante lorsqu'on la replace dans le contexte suisse : environ 20 banques suisses offrent désormais des services liés aux cryptomonnaies, touchant plus de 2,5 millions de comptes. Les données démographiques des clients de la ZKB brisent le stéréotype selon lequel les cryptos sont un jeu pour les jeunes, et les rapports financiers de plusieurs banques montrent que cette activité devient une source tangible de bénéfices.
UBS entre enfin dans la danse
En janvier 2026, UBS a officiellement ouvert aux clients de sa banque privée en Suisse l'accès aux transactions directes en bitcoin et en ether.
Le plus grand gestionnaire de patrimoine au monde, avec plus de 4,7 billions de dollars d'actifs sous gestion, avait jusqu'ici adopté une position plutôt prudente vis-à-vis des cryptomonnaies. Son ancien président, Axel Weber, avait déclaré publiquement fin 2021, alors que le bitcoin atteignait son pic historique, que « les paiements anonymes ne survivront pas ».
Le changement a été motivé par la demande des clients et la pression concurrentielle. Morgan Stanley avait déjà ouvert fin 2025 l'accès aux fonds en cryptomonnaies à tous ses clients en gestion de patrimoine, sans se limiter aux clients à haut risque ayant plus de 1,5 million de dollars d'actifs. JPMorgan permet à certains clients d'utiliser les ETF spot sur le bitcoin de BlackRock comme garantie pour des prêts. Même Vanguard, la dernière « forteresse anti-crypto », a capitulé en décembre 2025, autorisant ses clients à trader des ETF en cryptomonnaies.
UBS est actuellement en train de sélectionner ses partenaires de conservation et d'exécution, et le service est initialement limité à un petit groupe de clients de sa banque privée en Suisse. Une extension aux marchés d'Asie-Pacifique et des États-Unis pourrait suivre.
La Suisse : leader mondial de la crypto-bancarisation
L'entrée d'UBS complète le paysage crypto du secteur bancaire suisse. Environ 20 banques suisses offrent désormais des services liés aux cryptomonnaies, ce qui en fait le premier pays au monde. Viennent ensuite les États-Unis (15) et l'Allemagne (12).
Ce chiffre se traduit par une réelle masse d'utilisateurs. Après le lancement de leurs services en cryptomonnaies en 2024, la Zürcher Kantonalbank (ZKB) et PostFinance offrent ensemble un point d'entrée aux transactions en cryptos pour plus de 2,5 millions de comptes suisses.
PostFinance, une banque publique d'importance systémique en Suisse, a ouvert plus de 36 000 comptes de conservation en cryptomonnaies dès sa première année et a traité plus de 565 000 transactions. Ce chiffre est bien au-delà du stade « pilote ».
Portrait des acheteurs de cryptos : pas ce que vous pensiez
Peter Hubli, responsable des actifs numériques à la ZKB, a admis dans une interview accordée à The Big Whale que la banque s'attendait initialement à une clientèle plus jeune.
« C'est probablement la plus grande surprise de ce lancement. Comme beaucoup, nous pensions attirer une clientèle très jeune. Mais ce n'était pas du tout le cas. »
La réalité est différente : l'âge moyen des acheteurs de cryptos à la ZKB se situe entre 30 et 50 ans, principalement des hommes, concentrés dans les services de banque privée plutôt que de banque de détail.
Un chiffre encore plus révélateur : plus de 40 % des clients ayant ouvert un compte de conservation en cryptos n'avaient auparavant aucun portefeuille d'investissement chez ZKB. Leur argent liquide restait inactif sur leurs comptes. Le trading de cryptos a activé une partie de ces « capitaux dormants », qui ne généraient auparavant aucun revenu de gestion d'actifs.
L'activité crypto génère déjà des bénéfices
Les données financières de plusieurs banques suisses montrent que les cryptos ne sont plus au stade de la « preuve de concept » :
Plus de 20 % des bénéfices de la banque Maerki Baumann proviennent de ses activités en actifs numériques. Environ 10 % du chiffre d'affaires total de Swissquote vient des cryptos. Les actifs en cryptomonnaies de l'Arab Bank Switzerland ne représentent que 5 % des actifs sous gestion, mais contribuent à 7 % de son bénéfice net.
Bien que le volume soit limité, la part des bénéfices est disproportionnée. L'économie unitaire des services en cryptomonnaies est clairement supérieure à celle des activités bancaires traditionnelles.
La Suisse n'est pas un cas isolé, mais un reflet de la vague mondiale d'institutionnalisation
Les mouvements des banques suisses vont dans le sens de la tendance mondiale des capitaux institutionnels. En janvier 2026, EY-Parthenon et Coinbase ont mené une enquête auprès de plus de 350 investisseurs institutionnels dans le monde, couvrant des gestionnaires d'actifs, des family offices et des banques privées. 73 % prévoient d'augmenter leur allocation en cryptomonnaies en 2026, et 84 % utilisent déjà ou envisagent d'explorer les stablecoins.
La sécurité de la conservation et la clarté réglementaire restent les deux préoccupations majeures des investisseurs institutionnels. La Suisse bénéficie d'un avantage précurseur sur ces deux aspects : la loi sur la technologie des registres distribués (DLT Act) adoptée en 2021 fournit un cadre juridique, et des prestataires de services de conservation de niveau bancaire comme Taurus et Sygnum offrent l'infrastructure. Le processus de crypto-bancarisation en Suisse est essentiellement un échantillon local de la tendance mondiale d'entrée des institutions.
Cadre fiscal de l'OCDE + réforme des licences FINMA : deux défis pour l'avantage suisse
Le Cadre de déclaration pour les actifs cryptographiques (CARF) de l'OCDE entrera en vigueur le 1er janvier 2027, mettant fin à l'ère de l'opacité fiscale des actifs cryptographiques. La consultation publique sur la réforme du système de licences de la FINMA s'est terminée en février 2026. Elle redéfinira les règles de conservation et pour les stablecoins, certaines dispositions s'alignant sur le cadre européen MiCA.
Ilya Volkov, membre du conseil d'administration de la Crypto Valley Association, met en garde contre une « micro-gestion réglementaire » excessive qui pourrait éroder l'avantage pragmatique dont la Suisse a longtemps bénéficié.
La capacité de la Suisse à conserver son leadership mondial en 2027 dépendra de la manière dont cette réforme réglementaire sera finalement mise en œuvre.






