Selon l’agence de presse iranienne Mehr, citant un député iranien le 25, l’Iran a formé un plan complet pour la gestion du détroit d’Ormuz. Des analystes indiquent que cette initiative de l’Iran a plusieurs objectifs, notamment renforcer la pression sur les États-Unis et Israël, et obtenir de nouvelles sources de revenus stables. Cependant, la facturation des navires de passage a suscité des oppositions à l’international, les États-Unis exerçant une pression en bloquant les ports et navires iraniens. La mise en œuvre effective du plan de contrôle du détroit par l’Iran reste incertaine.
Photo d’archive du détroit d’Ormuz prise le 19 février 2025. Photo Xinhua/Wang Qiang
Quels sont les objectifs
Selon l’agence Mehr, cette information a été révélée par le député du Parlement islamique d’Iran, Behnam Saidi. Les médias iraniens avaient précédemment rapporté que le Parlement iranien avait examiné le 5 plusieurs propositions concernant la gouvernance du détroit d’Ormuz et décidé de créer un comité spécial pour élaborer un plan complet et des documents juridiques pour l’exercice de la juridiction sur le détroit.
Selon les déclarations de Saidi, le plan complet inclut :
La souveraineté du détroit d’Ormuz sera entièrement entre les mains de l’Iran ;
Les navires et bateaux naviguant dans cette zone doivent obtenir l’autorisation de l’Iran ;
Les navires transitant par cette zone doivent payer des frais liés à la sécurité, la protection de l’environnement, la gestion de la navigation, la délivrance des autorisations, etc., avec priorité de paiement en rials ;
Les navires des pays considérés comme hostiles par le Conseil suprême de sécurité nationale ou l’état-major général des forces armées ne pourront pas passer par le détroit d’Ormuz, les navires israéliens étant absolument interdits de passage ;
Pour les pays ayant causé des pertes à l’Iran, ceux-ci doivent d’abord parvenir à un accord avec l’Iran sur les modalités de compensation avant que l’Iran ne délivre des autorisations de passage à leurs navires.
Les analystes estiment que ce plan révèle plusieurs objectifs de l’Iran.
Premièrement, continuer à exercer une pression sur les États-Unis et Israël. En contrôlant cette voie maritime cruciale pour le transport mondial, l’Iran influence les prix internationaux du pétrole, augmentant ainsi les pressions inflationnistes et le fardeau économique pour les États-Unis et Israël, tout en poussant la communauté internationale à appeler à un apaisement de la situation et à la fluidité des voies navigables, mettant les États-Unis et Israël sous pression économique et diplomatique. L’interdiction de passage aux navires des « pays hostiles » vise directement les États-Unis et Israël. Par ailleurs, lier la question du passage du détroit aux demandes de compensation de guerre vise à forcer les États-Unis à faire des concessions sur la question des compensations.
Deuxièmement, laisser une marge de manœuvre pour les négociations entre l’Iran et les États-Unis. Bien que la position de l’Iran envers les États-Unis reste ferme, elle n’a pas complètement fermé la porte aux négociations. Récemment, l’Iran a envoyé son ministre des Affaires étrangères, Araghchi, au Pakistan en affirmant ne pas négocier avec les États-Unis, mais a tout de même transmis un message aux Américains via le Pakistan, et indiqué qu’Araghchi pourrait bientôt retourner à Islamabad. En présentant le plan complet, Saidi a cité Israël comme « absolument interdit », mais n’a pas nommé les États-Unis, suggérant peut-être que le passage des navires américains pourrait servir de monnaie d’échange dans les négociations.
Le 25 avril 2026, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif (gauche) s’entretient avec le ministre iranien des Affaires étrangères Araghchi à Islamabad, capitale du Pakistan. Photo fournie par Xinhua (fournie par le bureau du Premier ministre pakistanais)
Troisièmement, fournir à l’Iran une nouvelle source de revenus. Des statistiques montrent que si l’Iran facturait 1 dollar par baril de pétrole transitant par le détroit d’Ormuz, sur la base du trafic avant le conflit, l’Iran obtiendrait plus de 7,7 milliards de dollars de revenus annuels. L’opinion internationale estime que cela deviendra une source de financement importante pour résister au blocus occidental et pour la reconstruction post-conflit. Exiger un paiement prioritaire en rials vise à éviter que les revenus des frais de passage ne soient limités par le système dollar.
Peut-il être mis en œuvre
Concernant la procédure à suivre, Saidi a déclaré que le plan avait été soumis à la commission de sécurité nationale du Parlement islamique d’Iran, et qu’une fois la session plénière du Parlement rétablie, il serait soumis au bureau du président et examiné en session plénière. Ce plan pourrait également être approuvé et publié par le Conseil suprême de sécurité nationale.
À ce sujet, Abdul Aziz Al-Shabani, chercheur au Centre de recherche politique et stratégique de Riyad en Arabie saoudite, analyse que l’approbation par la session plénière du Parlement conférerait au plan un caractère juridique formel, mais le processus est complexe et susceptible de provoquer une opposition internationale accrue. L’approbation et la publication par le Conseil suprême de sécurité nationale constituent une voie plus flexible et rapide, facilitant également les ajustements en fonction de l’évolution de la situation.
Cependant, Al-Shabani estime que d’un point de vue pratique, compte tenu du trafic important et de la présence militaire d’autres pays, il sera très difficile d’appliquer une interception complète et une facturation à tous les navires transitant par le détroit. L’exécution future du plan sera probablement limitée et sélective.
Par ailleurs, cette initiative de l’Iran est controversée au regard du droit international et a suscité de nombreuses oppositions. La perception de frais de passage par l’Iran dans cette voie maritime cruciale augmentera inévitablement le temps et les coûts de transport des navires, ayant un impact économique étendu sur de nombreux pays. De nombreux pays à travers le monde, y compris les États du Golfe, ont exprimé leur souhait que le détroit d’Ormuz reste ouvert. Le Royaume-Uni et la France ont précédemment mené la formation d’une coalition tentant une action multinationale pour garantir l’ouverture de ce détroit. Si l’Iran impose des frais de force, il pourrait faire face à des pressions internationales et à une passivité diplomatique.
De plus, les États-Unis appliquent des contre-mesures en bloquant les ports et navires iraniens. Washington a clairement indiqué qu’il ne permettrait jamais à l’Iran de contrôler définitivement le détroit ou d’établir un système de péage. Si le blocus persiste au point que les installations de stockage de pétrole iraniennes atteignent leur limite, l’Iran pourrait être contraint de suspendre sa production, ce qui causerait des dommages importants à ses installations d’extraction pétrolière. Les États-Unis menacent également d’intercepter et d’inspecter tous les navires payant des frais de passage à l’Iran dans les eaux internationales. Cela pourrait entraîner une absence de navires transitant par le détroit, et l’Iran ne percevrait aucun frais.
Bien sûr, le blocus américain contre l’Iran a un coût énorme, et plus il dure, plus il affectera les résultats des élections de mi-mandat du Parti républicain ; les États-Unis pourraient ne pas tenir très longtemps. L’Iran pourrait également utiliser la facturation simplement comme monnaie d’échange pour négocier des intérêts avec les États-Unis, sans nécessairement la mettre en œuvre de force. Par conséquent, il reste incertain si ce plan sera mis en œuvre, et dans quelle mesure.









