Un nouveau rapport du Conseil des conseillers économiques de la Maison Blanche conteste l'une des affirmations les plus controversées de la politique américaine en matière de crypto-monnaies : que le rendement des stablecoins menace le système bancaire.
Le document du 8 avril conclut qu'interdire le rendement des stablecoins n'aurait qu'un impact minimal sur les prêts bancaires, tout en imposant des coûts mesurables aux consommateurs et au système financier dans son ensemble.
Au cœur du débat se trouve la question de savoir si les émetteurs de stablecoins devraient être autorisés à reverser aux utilisateurs les rendements générés par les actifs de réserve - généralement des Treasury bills américains à court terme.
Les groupes bancaires ont fait valoir que l'offre d'un rendement pourrait drainer les dépôts des banques traditionnelles, réduisant ainsi leur capacité à prêter.
Cependant, l'analyse de la Maison Blanche suggère que ces préoccupations sont peut-être exagérées.
L'interdiction du rendement offre des gains limités pour les banques
Selon le rapport, éliminer le rendement des stablecoins n'augmenterait les prêts bancaires que de 2,1 milliards de dollars, soit environ 0,02 % du total des prêts. Dans le même temps, cette politique entraînerait une perte de bien-être annuelle estimée à 800 millions de dollars, largement due à la réduction des rendements pour les utilisateurs.
Même selon des hypothèses plus agressives - comme une adoption des stablecoins significativement plus élevée - l'impact global sur les prêts reste relativement faible par rapport à la taille du système financier américain.
Ces résultats remettent en cause un argument clé qui a façonné les discussions législatives en cours, en particulier autour des dispositions du projet de loi CLARITY Act qui visent à restreindre ou à éliminer complètement les produits de stablecoins générateurs de rendement.
Pourquoi le récit du "drainage des dépôts" est insuffisant
L'idée centrale du rapport réside dans la manière dont les réserves de stablecoins interagissent avec le système bancaire.
Plutôt que de supprimer entièrement les liquidités, la plupart des réserves de stablecoins sont détenues en Treasury bills et instruments similaires.
Cela signifie que le capital sous-jacent est souvent recyclé dans le système financier. Dans de nombreux cas, les dépôts se déplacent simplement entre les institutions plutôt que de disparaître.
L'analyse estime qu'une petite fraction seulement - environ 12 % des réserves détenues sous forme de dépôts de type cash - affecte de manière significative la capacité de prêt des banques.
En conséquence, même des transferts importants des stablecoins vers les dépôts bancaires ne se traduisent que par des augmentations modestes de la création réelle de crédit.
Implications politiques pour le CLARITY Act
Le rapport arrive à un moment critique pour la régulation des stablecoins aux États-Unis.
L'un des points d'achoppement dans les négociations autour du CLARITY Act a été de savoir s'il fallait interdire complètement le rendement. Cela inclut les récompenses indirectes offertes par des intermédiaires tels que les exchanges.
Les partisans soutiennent que cela protégerait les banques et préserverait la stabilité financière, tandis que les critiques y voient une limitation de la concurrence.
En quantifiant les avantages limités d'une interdiction du rendement, l'analyse de la Maison Blanche affaiblit l'argumentation économique en faveur de restrictions strictes.
Elle met également en lumière un compromis : empêcher le rendement peut soutenir légèrement les prêts bancaires, mais au prix d'une réduction des rendements pour les consommateurs et d'un ralentissement de l'innovation dans les paiements numériques.
Un changement plus large du modèle financier
Au-delà du débat politique immédiat, le rapport présente les stablecoins comme faisant partie d'un changement plus large vers ce que les économistes décrivent comme la "banque étroite" (narrow banking) - un système où les actifs sont entièrement couverts par des réserves sûres plutôt que d'être utilisés pour le prêt fractionnaire.
Dans ce modèle, les stablecoins pourraient offrir un règlement plus rapide, une accessibilité mondiale et un risque de crédit réduit, en particulier pour les utilisateurs en dehors du système bancaire traditionnel.
La question à laquelle sont maintenant confrontés les régulateurs n'est pas seulement de savoir si les stablecoins concurrencent les banques, mais si limiter cette concurrence sert finalement le système financier.
Résumé final
- Un rapport de la Maison Blanche conclut qu'interdire le rendement des stablecoins aurait un impact négligeable sur les prêts bancaires tout en réduisant le bien-être des consommateurs.
- Ces résultats remettent en cause un argument clé des négociations du CLARITY Act, pouvant remodeler la façon dont les législateurs abordent la régulation des stablecoins.






