Titre original : Africa Doesn't Have a Dollar Problem. It Has a Plumbing Problem
Traduit par : April
Lorsque les stablecoins commencent à pénétrer dans les règlements transfrontaliers en Afrique, l'industrie pose généralement trois questions :
- Cela va-t-il aggraver la fuite des capitaux et impacter les devises locales ainsi que les systèmes de régulation ?
- Si la simple connexion des contreparties et des canaux de paiement permet de faire des affaires, où se situe réellement la barrière d'entrée ?
- À mesure que les participants augmentent et que les spreads se resserrent continuellement, où se déposera la valeur à long terme ?
Je vois précisément autre chose : les stablecoins offrent à l'Afrique une opportunité de réorganiser son marché de la liquidité.
01 L'Afrique ne manque pas de dollars, mais d'un système de "plomberie" de la liquidité
J'ai résumé ce problème comme un problème de plomberie.
Dans de nombreux scénarios de commerce transfrontalier africain, l'argent n'est pas totalement absent, mais il n'arrive pas au bon moment, à un prix exécutable, chez la bonne contrepartie.
Les revenus commerciaux peuvent se trouver en Europe ou aux États-Unis, tandis que les paiements des achats doivent être effectués en Chine ou en Asie, et une livraison en monnaie locale est nécessaire sur place.
Les fonds sont dispersés entre différents pays, comptes, banques et contreparties, manquant d'un centre financier permettant à la liquidité de s'écouler efficacement, d'entrer, de sortir, de converger et de circuler.

Le problème n'est donc pas seulement le volume global de dollars, mais la capacité à mobiliser ces dollars aux bons nœuds.
Le fait qu'un participant détienne des dollars ou des stablecoins ne signifie pas qu'un importateur à l'autre bout puisse obtenir une cotation exécutable ; l'existence d'un taux de change sur le marché ne garantit pas qu'une entreprise puisse terminer le change, le règlement et la livraison finale.
Les stablecoins ne créent pas de dollars. Mais ils ont pour la première fois le potentiel de modifier la manière dont ces bassins de liquidités dispersés se connectent : en facilitant les transferts de fonds entre institutions et fuseaux horaires, en réduisant le délai entre la cotation, l'exécution et le règlement, et en permettant à la liquidité auparavant piégée dans différents corridors de commencer à former de nouvelles relations.
Et c'est précisément là que commencent vraiment les trois questions suivantes.
02 Lorsque la liquidité commence à s'ouvrir, que doivent vraiment résoudre les régulateurs ?
Les stablecoins réduiront certainement les frictions liées aux flux de dollars et aux transferts transfrontaliers.
Par conséquent, la fuite des capitaux, la pression sur les devises locales et la stabilité du marché sont des problèmes que tout régulateur doit prendre au sérieux.
Mais ce que je vois en Afrique, ce n'est pas un rejet naturel des stablecoins par les régulateurs. Au contraire, de nombreux gouvernements et régulateurs souhaitant faire avancer le commerce, les capitaux et le système financier explorent activement comment faire entrer progressivement une liquidité initialement fragmentée, inefficace et peu visible, dans un marché plus ouvert et plus connectable.
S'appuyer à long terme sur des cotations officielles, des quotas bancaires et des voies de règlement fragmentées ne peut soutenir une ouverture plus poussée du commerce et de l'économie régionale.
L'opportunité des stablecoins réside dans la possibilité de transférer, régler et réinjecter plus rapidement sur le marché des fonds initialement piégés dans différents comptes, pays et contreparties.
Cela ne signifie pas que l'ouverture n'a pas de coût. Pour de nombreux marchés africains, il ne s'agit souvent pas d'une simple accélération d'un système mature existant, mais d'une transition fondamentale, passant d'une structure de liquidité fragmentée et peu visible à une découverte de prix plus marchande.
Les chaînes existantes de banques, de change, de paiement et de règlement informel doivent être réajustées ; la demande, les taux de change, les positions bancaires et les anticipations du marché seront également réévaluées.
Par conséquent, la présence de frictions ne signifie pas que les pays ne souhaitent pas s'ouvrir. C'est précisément parce que le changement aura un impact considérable que l'ouverture doit avoir un ordre, une vitesse, des canaux régulés et des tampons de liquidité.
Ce qu'il faut vraiment répondre n'est pas "faut-il explorer les stablecoins", mais plutôt : quels besoins réels de commerce et de règlement obtiennent d'abord une liquidité plus efficace ? Quels canaux doivent rester dans le système régulé ? Qui fournit la liquidité tampon ? Dans quelles conditions le marché peut-il supporter une découverte de prix plus complète ?
Les stablecoins ne sont pas la destination de l'ouverture ;
c'est l'opportunité pour l'Afrique de faire de l'ouverture une infrastructure.
03 Pour connecter la liquidité, quelles capacités faut-il vraiment construire ?
Vu de l'extérieur, cela ressemble à un business à faible barrière d'entrée : trouver des stablecoins, trouver un canal de conversion en monnaie locale, trouver une contrepartie, et on peut commencer à coter.
Mais ce que les stablecoins ouvrent vraiment, ce n'est pas une opportunité de transaction unique, mais l'opportunité de construire le marché de la liquidité de la prochaine génération.
Construire un marché ne nécessite pas une capacité de simple mise en relation, mais un ensemble de capacités fondamentales permettant à la transaction d'être durable, à grande échelle et acceptée par toutes les parties.
Premièrement, la capacité de règlement. Elle comprend à la fois la capacité de liquidité et de règlement en dollars à l'échelle mondiale – contreparties internationales, réseaux bancaires, SWIFT, stablecoins, réseaux de garde et de compensation ; ainsi que la capacité locale de recouvrement et de paiement en monnaie légale et de livraison finale. Ce qui est vraiment difficile, ce n'est pas d'envoyer l'argent d'un côté, mais de permettre aux fonds d'être livrés de manière exécutable aux deux extrémités, globale et locale.
Deuxièmement, la capacité de conformité et de régulation. La confiance ici n'est pas un sentiment de marque abstrait. Elle se traduit par l'identité du client, l'origine des fonds, les historiques de transaction, le filtrage des sanctions, le traitement des anomalies, la capacité d'audit et la communication régulatrice continue. Ce n'est que lorsque les banques, les régulateurs et les contreparties mondiales peuvent voir et gérer les risques que la liquidité peut passer d'un réseau bilatéral fragmenté au système financier formel.
Troisièmement, la capacité opérationnelle de trading de change institutionnel. Ce n'est pas une opération back-office ordinaire, mais la cotation, la gestion des positions, la confirmation des transactions, le déplacement des fonds, la chronologie des règlements, le traitement des transactions échouées et le contrôle des risques. Entre la réalisation d'une transaction unique et l'exploitation stable d'un marché de liquidité transfrontalier, il y a tout un ensemble de capacités FX de niveau institutionnel.
La véritable barrière d'entrée de ce marché n'est pas de savoir si l'on peut connecter une source de liquidité, mais de savoir si l'on peut organiser le règlement mondial, la livraison locale, la conformité réglementaire et les opérations FX de niveau institutionnel en une capacité de marché durable.
04 Lorsque la liquidité est plus efficace, où ira la valeur ?
Les investisseurs finissent par demander : à mesure que les participants augmentent et que les cotations deviennent de plus en plus transparentes, le spread FX ne va-t-il pas se resserrer continuellement, évoluant finalement vers une course au moins-disant ?
Si l'activité se limite à l'achat-vente de stablecoins et au spread FX, la réponse est probablement oui.
Le resserrement des spreads n'est pas une anomalie, mais une manifestation de la maturation progressive du marché de la liquidité.
Mais la vraie question n'est pas de savoir si le spread va diminuer, mais plutôt : lorsque la liquidité est organisée plus efficacement, quelles nouvelles capacités financières les entreprises, les banques et le marché commercial peuvent-ils construire dessus ?
Liquidité → Règlement → Gestion de trésorerie → Financement du commerce
La liquidité permet aux fonds d'être trouvés, cotés et déplacés ; le règlement permet aux transactions transfrontalières d'être réalisées de manière stable, traçable et livrable ; une capacité continue de transaction et de règlement permet aux entreprises de commencer à gérer les fonds, les devises et les positions dans plusieurs pays ; et lorsque les commandes, les factures, la logistique et les paiements peuvent être connectés, le financement du commerce peut former une capacité de crédit évaluable et tarifiable.
Il faut ici rester lucide : la capacité de règlement ne se transforme pas automatiquement en capacité de financement du commerce. Cette dernière nécessite également des modèles de risque, des données commerciales réelles, des structures de recours et des bilans.
Mais c'est précisément ce qui explique pourquoi l'opportunité ne se limitera pas au spread.
Le resserrement des spreads ne signifie pas que l'opportunité est éliminée, mais que le marché passe de la transaction sur une somme d'argent à l'organisation des fonds des entreprises et du commerce réel.
05 De la connexion des fonds à la formation d'un marché
L'Afrique n'a pas besoin de copier l'infrastructure financière d'autres marchés. Elle a l'opportunité, autour de sa propre structure commerciale, de la distribution de sa liquidité et de ses besoins transfrontaliers, de construire un nouvel ensemble de capacités de marché.
La valeur des stablecoins n'est pas de remplacer le système financier existant, ni de simplement faire circuler le dollar plus vite. Ils permettent à des fonds qui ne pouvaient auparavant être efficacement regroupés et mobilisés de commencer à devenir des ressources financières pouvant être réglées, gérées et servant le commerce réel.
C'est l'opportunité la plus digne d'intérêt des stablecoins en Afrique : pas un rail plus rapide, mais une réorganisation du marché de la liquidité.





